À l’Assemblée nationale française, un débat s’embourbe dans la phrase

PARIS, FRANCE — Ce qui devait être une simple prise de parole sur un amendement technique s’est transformé, jeudi après-midi, en une démonstration collective de virtuosité syntaxique à l’Assemblée nationale. Au fil des interventions, le sens a lentement quitté la salle, laissant derrière lui un nuage d’incises, de formules prudentes et de connecteurs logiques mal synchronisés.

Le premier député à prendre la parole a annoncé vouloir « repositionner le cadre d’appréciation de la discussion dans une perspective d’ensemble qui, sans exclure le particulier, le subsume sans le diluer ». Interrogé sur la signification de cette phrase, il a précisé : « Je ne dis pas qu’il faille décider maintenant, mais simplement qu’il convient de ne pas ne pas décider, ce qui n’est pas exactement la même chose, même si, au fond, on pourrait croire que si. »

Un collègue lui a répondu avec une formulation saluée par plusieurs élus, bien que personne ne puisse dire pourquoi : « Alors donc, du coup, je crois qu’au jour d’aujourd’hui, force est de constater que la question qui nous occupe n’est pas tant de savoir si l’on avance ou si l’on recule, mais plutôt de déterminer dans quelle mesure l’un peut être perçu comme l’autre, selon les points de vue. Voilà. »

Un silence gêné a suivi, interrompu par un « très bien ! » poli venant du fond de la salle.

Un autre député a tenté de préciser sa pensée : « Je tiens à clarifier, pour éviter toute ambiguïté, que lorsque je dis que nous ne reculons pas, je n’entends pas affirmer pour autant que nous avançons, car avancer n’est pas se déplacer. On peut avancer sur place, et c’est déjà quelque chose. »

Un élu de l’opposition a voulu recentrer les échanges, avant de s’enliser lui-même : « Il serait trop simple, et je dis cela sans jugement de valeur, de considérer que ce texte manque de clarté. En vérité, il manque plutôt d’un excès de précision, lequel, paradoxalement, lui conférerait une forme de limpidité dont l’absence ne doit pas être confondue avec un défaut en soi. »

Le Doute a obtenu un extrait du procès-verbal officiel afin de comprendre ce qui était réellement débattu. Voici le passage exact : « Après examen approfondi, il a été convenu, sans pour autant s’y résoudre, que l’éventualité d’un report pourrait être envisagée, sous réserve que les conditions nécessaires à la poursuite des travaux préparatoires puissent être précisées, tout en tenant compte de la possibilité que ces conditions ne puissent finalement l’être. »

Nous avons tenté un résumé. Nous avons échoué. Un linguiste consulté affirme que la phrase signifie probablement « rien ».

À ce stade, même les députés semblaient perdus. L’un d’eux a tenté de rassurer les journalistes : « Il ne faut pas dire qu’on ne fait rien, mais il serait tout aussi imprudent de dire qu’on fait quelque chose. Nous faisons ce qu’il convient de faire pour pouvoir éventuellement faire autre chose plus tard. » Un autre a voulu conclure : « Je ne veux pas donner l’impression que nous compliquons le débat, mais simplifier serait tromper, car ce qui paraît simple est souvent complexe, sauf quand ça ne l’est pas. » La présidente de séance a finalement levé la rencontre, déclarant qu’« un consensus émergeait sur la nécessité de poursuivre la réflexion », ce qui est devenu la conclusion officielle.

Dans un communiqué nocturne, un député a affirmé que la réunion avait permis « d’avancer dans la compréhension commune de ce qu’il reste à comprendre ».
Un autre a qualifié la séance de « moment important », ajoutant : « Si nous ne savons pas encore où nous allons, nous savons désormais très clairement pourquoi nous n’y sommes pas encore. »

Le Doute n’a toujours pas déterminé de quoi il était question au départ.