L’électeur du jour : “J’ai voté pour l’idée du progrès, mais j’sais pas si elle se présentait”
MILE-END — Étienne-Marx Duguay-Tremblay a déjà voté par anticipation. « Je voulais le faire avant tout le monde, pendant que c’était encore subversif, » explique-t-il en remuant distraitement son cappuccino à l’avoine. « C’est une façon de reprendre le geste citoyen avant qu’il soit récupéré par la masse. »
Vous parlez souvent d’engagement citoyen. Qu’est-ce que ça signifie pour vous?
« C’est une contradiction totale. La citoyenneté est une invention bourgeoise, conçue pour canaliser la révolte dans des formulaires administratifs. On te dit que t’es libre parce que t’as une carte d’électeur, mais t’es surtout libre d’être complice. Moi je pratique la citoyenneté passive-agressive. »
Pour qui avez-vous voté, alors?
« Pour personne, mais contre plusieurs. J’ai voté pour l’idée du progrès, mais j’sais pas si elle se présentait. » Il marque une pause. « J’ai coché un nom au hasard, en espérant que ce soit une métaphore. »
Quels sont, selon vous, les grands enjeux de cette élection?
« La décolonisation des abribus. Et aussi la décroissance émotionnelle. On vit dans un trop-plein de ressentis collectifs, c’est invivable. Montréal doit apprendre à ressentir moins, mais mieux. »
Et le logement?
« Le vrai problème, c’est pas le prix des loyers, c’est le concept même de payer pour exister. Je dis pas qu’il faut abolir l’argent, mais qu’il faudrait au moins le rendre triste. »
Avez-vous confiance envers les élus?
« Je crois qu’ils croient y croire. Mais la politique est devenue une mise en scène d’authenticité. On gouverne par storytelling. C’est du théâtre documentaire avec des subventions. »
Et si vous aviez un message à lancer aux autres électeurs?
« Votez, mais votez avec honte. Si vous ressentez une forme de malaise en pliant votre bulletin, c’est que vous commencez à comprendre. »
Le Doute poursuivra sa couverture électorale jusqu’à la fermeture des bureaux de vote, ou jusqu’à l’épuisement électoral complet.

