Montréal 2025 : Deux visions distinctes du futur, toutes deux recouvertes de cônes orange
MONTRÉAL — À l’approche du scrutin municipal, les électeurs montréalais sont invités à choisir entre deux visions radicalement différentes de l’avenir : continuer comme avant, ou continuer comme avant, mais avec un ton différent.
Les deux principales formations politiques promettent de « moderniser » la ville, d’améliorer la mobilité durable et de rendre Montréal « plus verte, plus inclusive et plus fluide ». Personne ne sait exactement ce que cela veut dire, mais tout le monde s’accorde pour dire que c’est dans l’air du temps.
Luc Rabouin (Projet Montréal)
Héritier politique de Valérie Plante, M. Rabouin s’engage à poursuivre le travail acharné visant à transformer Montréal en une métropole européenne où il est possible de faire du vélo après une tempête de neige.
« Nous devons repenser notre rapport à la mobilité », a-t-il expliqué lors d’un point de presse tenu au milieu d’une piste cyclable fraîchement peinte sur un boulevard.
Questionné sur le déneigement, M. Rabouin a précisé qu’il souhaitait « ouvrir une discussion collective sur la neige comme concept ». Il a aussi promis de réduire la bureaucratie municipale en créant un nouveau comité chargé de réfléchir à la simplification administrative.
Questionné sur les actions concrètes qu’il prendrait pour rendre la ville plus vivable, M. Rabouin a évité la question.
Soraya Martinez Ferrada (Ensemble Montréal)
Mme Martinez, de son côté, propose la même chose, mais en mieux.
Son programme, truffé de mots comme « efficacité », « innovation » et « résilience », promet de remettre la Ville « au service des citoyens ». Lorsqu’on lui a demandé comment elle comptait s’y prendre, elle a répondu : « En écoutant, d’abord. Puis en consultant. Puis en créant un plan d’action fondé sur ces consultations. »
Elle souhaite améliorer la fluidité du trafic en installant de nouvelles pistes cyclables « pour réduire la pression sur les automobilistes ».
Questionnée sur les actions concrètes qu’elle prendrait pour rendre la ville plus vivable, Mme Martinez a aussi évité la question.
Les autres candidats
Les autres aspirants à la mairie affirment représenter « la vraie alternative ». Selon un sondage Léger, 78 % des répondants ignorent leur nom, mais reconnaissent leur visage « vaguement » sur une affiche à moitié arrachée.
L’un d’eux propose de ramener le tramway. Un autre, de l’abolir. Un troisième, d’en faire un NFT. Tous se disent convaincus qu’ils pourraient gagner, si seulement ils avaient un parti, un budget et un électorat.
Les électeurs, eux, sont partagés
Les électeurs auront donc à choisir entre deux projets de société distincts : l’un qui veut continuer le changement, et l’autre qui souhaite changer la continuité. « Je veux du changement, mais pas trop », confie Jean-Guy, rencontré au coin de Saint-Denis. « Quelque chose de différent, mais pareil. »
Selon plusieurs experts, le résultat du vote dépendra du taux de participation, lequel dépendra lui-même de la température, de la STM et du degré de cynisme collectif.
Pendant ce temps, l’administration sortante se dit confiante. « Peu importe qui gagne, » a affirmé un employé municipal sous couvert d’anonymat, « on va continuer à creuser les mêmes trous, au même rythme, avec la même conviction. »
Quoi qu’il arrive dimanche, une chose est certaine : lundi matin, Montréal se réveillera exactement comme avant, sauf avec un peu plus d’espoir, un peu moins de patience, et toujours le même nombre de cônes orange.

