Un conducteur local apprend qu’il conduit illégalement depuis quatre mois

LONGUEUIL — Un automobiliste de 21 ans a découvert cette semaine qu’il roulait illégalement depuis le début de l’été, après avoir reçu une lettre de la SAAQ l’informant que son droit de conduire était suspendu « depuis plusieurs mois ». L’avis, envoyé la semaine dernière, a surpris l’homme, qui affirme n’avoir reçu aucun message auparavant.

L’homme, identifié seulement comme Olivier, n’aurait pas payé sa contribution d’assurance de la SAAQ avant son anniversaire, ce qui a automatiquement suspendu son droit de conduire à partir du 29 juin. Il explique qu’il a utilisé sa voiture « comme n’importe qui d’autre » durant tout l’été, sans jamais se douter qu’il n’avait techniquement plus le droit de le faire.

« J’ai conduit au gym quatre fois par semaine, j’ai été travailler, j’ai fait mes commissions… c’est littéralement des milliers de kilomètres pis personne m’a rien dit », raconte-t-il. « Je pense que la SAAQ voulait juste attendre la température froide avant de me prévenir. » Selon son estimation, l’homme aurait effectué près de trois cents trajets pendant la période où il n’était pas autorisé à conduire, incluant plusieurs déplacements rapides pour éviter les frais de stationnement.

Interrogé sur ses habitudes de conduite, Olivier admet ne pas avoir été particulièrement conservateur cet été. « Ouais, j’ai roulé à 70 dans des zones de 50, pis 120–130 sur l’autoroute… rien de dangereux, juste du monde normal qui essaie d’arriver quelque part. » Olivier mentionne aussi un incident mineur survenu en août. « On a checké les chars, y’avait aucun dommage. On s’est dit bonne soirée. Est-ce que c’est un délit de fuite? Peut-être… mais un délit de fuite consensuel, tu comprends. »

Malgré cela, il n’a jamais été intercepté par la police.

Jointe par Le Doute, la SAAQ affirme que le délai de quatre mois entre la suspension et l’avis est « habituel ». « Nos avis sont envoyés dès que nos processus internes le permettent, » explique Mélanie Dubuc, porte-parole officielle. Elle refuse de préciser la durée exacte des « processus internes ».

À savoir s’il serait préférable que les conducteurs soient avisés avant de passer tout l’été à enfreindre involontairement le Code de la sécurité routière, la SAAQ maintient que « les automobilistes peuvent consulter SAAQclic en tout temps ». Le Doute note que la SAAQ semble présumer que les usagers parviennent effectivement à se connecter à SAAQclic.

Selon Dr. Lionel Gervais, spécialiste en bureaucratie à l’UQAM, ce genre de situation est « malheureusement prévisible ».

« Le système informatique de la SAAQ fonctionne selon une logique temporelle qui lui est propre, » dit-il. « On n’est pas dans le temps réel. On est dans le temps administratif. »

Il ajoute que, statistiquement, « la plupart des conducteurs suspendus ne s’en rendent jamais compte tant qu’on ne leur dit pas ».

Olivier dit avoir payé les frais immédiatement une fois au courant, retrouvant son droit de conduire « environ quinze minutes après ».

« C’est fou. Je pensais être un citoyen normal, mais apparemment j’étais un hors-la-loi administratif depuis juin. »

Au moment d’écrire ces lignes, la SAAQ n’a pas répondu à une demande de clarification supplémentaire.
Probablement parce que la demande n’a pas encore été traitée par les processus internes.