“J’écoute pas ça” affirme un homme capable de nommer six candidats d’OD Bali

SAINT-JÉRÔME — Malgré ses déclarations répétées selon lesquelles il « n’écoute pas ces niaiseries-là », David Gagné, 29 ans, a été en mesure de nommer sans hésitation six candidats d’Occupation Double Bali, une saison diffusée en 2017.

L’incident est survenu lors d’un souper entre amis, quand une conversation anodine sur la télé-réalité a pris une tournure inattendue.

« Il était comme : “tsé le gars full fake, là, Sansdrick ?” », rapporte sa conjointe, Véronique Dufresne. « Pis là il a enchaîné avec Joanie, Adamo, Karine… j’ai arrêté de compter après six. On venait de prouver qu’il avait plus de mémoire pour OD que pour l’anniversaire de sa mère. »

Interrogé sur l’épisode, Gagné maintient ne pas suivre la téléréalité de manière régulière. « C’est juste que Bali, c’était comme… tout le monde en parlait. C’était impossible de pas connaître ça. Mais moi, j’écoute pas ces shows-là, là. Je suis plus genre Netflix, mettons. Des documentaires. Sur les tueurs en série. C’est plus instructif. »

Mais selon des chercheurs de l’Institut québécois de surconsommation passive (IQSP), ce profil est désormais majoritaire au Québec : des individus niant toute consommation de téléréalité, tout en affichant une connaissance approfondie des intrigues, des rivalités, et des hashtags officiels.

« C’est une forme d’identité culturelle refoulée », explique Geneviève Lévesque, chercheuse principale. « Au Québec, on regarde OD avec honte, mais on le regarde pareil. Pis on a des takes. Beaucoup de takes. »

Selon les données de l’IQSP, 83 % des Québécois qui disent “j’écoute pas ça” auraient déjà crié “il est là pour les mauvaises raisons” devant leur télé. Plus inquiétant encore, 42 % auraient déjà googlé “OD candidat Instagram” en pleine nuit, et 17 % suivraient secrètement des anciens participants sur TikTok sous un faux compte.

« On parle d’un phénomène d’auto-négation culturelle », ajoute Lévesque. « Ces gens sont comme des fumeurs qui disent qu’ils fument pas, sauf qu’à la place d’un paquet de cigarettes, c’est un recap de Marina Bastarache. »

Interrogée à nouveau, Dufresne confirme que son chum regarde parfois OD « par accident » quand elle l’écoute.

« C’est juste que… je change jamais de poste quand il entre dans le salon, pis après cinq minutes il est comme “lui y’est pas là pour les bonnes raisons”. Mais c’est pas écouter ça, ça, là. »

Son ami Simon Bouchard, également présent au souper, n’est pas surpris : « David, il connaît les noms, les couples, pis il sait même qui a triché au tapis rouge. Mais demande-lui de nommer un ministre du cabinet Legault, pis y’est plus muet qu’un candidat éliminé en plein voyage final. »

Des psychologues sociaux commencent à s’inquiéter des effets du phénomène. « Les gens vivent une dissonance cognitive », explique Dr. Patrick Beaulieu de l’UQAM. « Ils se définissent comme supérieurs à la téléréalité, mais leur cerveau retient plus facilement “Philippe est un player” que “le taux directeur est à 5 %”. Ça crée une fracture identitaire. »

Le gouvernement du Québec envisagerait d’ailleurs une campagne de sensibilisation pour encourager les citoyens à « assumer pleinement leur OD intérieur ». Selon une source anonyme, les slogans testés incluent “Y’a pas de honte à avoir des opinions fortes sur l’heure du choix” et “Reconnaître Adamo, c’est aussi être Québécois.”

Malgré les preuves, Gagné persiste. « Moi j’écoute pas ça. C’est juste que… Bali, c’était particulier. Pis aussi Afrique du Sud. Pis peut-être OD Chez Nous. Mais je vous jure, c’est vraiment pas mon genre. »

Pendant ce temps, l’IQSP prépare déjà une nouvelle étude sur un autre groupe à risque : les gens qui affirment « je lis pas ces magazines-là » tout en sachant exactement ce que Guylaine Tremblay a dit dans 7 Jours.

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