Le moment jugé opportun pour des élections varie selon la position des partis dans les sondages

QUÉBEC — Les partis représentés à l’Assemblée nationale ont offert cette semaine une démonstration rare de désaccord public, tout en révélant une convergence discrète sur un point fondamental : le moment idéal pour tenir des élections dépend largement de la situation électorale de celui qui en parle.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a plaidé pour un déclenchement rapide des élections, évoquant l’intérêt public et la lassitude face à une session parlementaire qu’il juge « clivante » et peu productive. Selon lui, un scrutin dès le printemps permettrait d’éviter une prolongation inutile d’un climat politique tendu.

Cette proposition a été aussitôt rejetée par le premier ministre François Legault, qui a rappelé que le Québec s’est doté d’élections à date fixe et que le prochain rendez-vous électoral est prévu pour octobre 2026. Il s’est dit abasourdi par la suggestion péquiste, soulignant que le PQ avait lui-même été à l’origine de cette réforme.

« Si c’est rendu flexible, est-ce que je peux faire une cinquième année avant de faire des élections? », a lancé le premier ministre, résumant ainsi l’importance qu’il accorde à la stabilité du calendrier électoral… du moins en principe.

Or, comme le prévoit explicitement la Loi électorale, rien n’empêche légalement le premier ministre de demander la dissolution de l’Assemblée avant la date prévue. Le cadre juridique offre donc une grande souplesse, que chacun est libre d’interpréter à la lumière de sa propre situation politique.

À cet égard, le contexte est difficile à ignorer. Le Parti québécois mène dans les intentions de vote depuis plus de deux ans et pourrait, selon plusieurs projections, former un gouvernement majoritaire si une élection avait lieu prochainement. La Coalition avenir Québec, pour sa part, accuse un recul marqué, tandis que Québec solidaire et le Parti libéral du Québec stagnent au bas des sondages.

Interrogé sur son refus de déclencher des élections anticipées, François Legault a affirmé croire que le jugement des électeurs évoluerait d’ici 2026, présentant la prochaine élection comme une éventuelle « lutte à trois ». Une perspective qui, selon lui, justifie de laisser le temps faire son œuvre.

De leur côté, les autres partis d’opposition ont également plaidé pour la patience, rappelant que « tout peut changer » en politique et promettant un redressement à moyen terme.

Ainsi, malgré des discours très différents, une logique commune se dégage : lorsque les sondages sont favorables, l’intérêt public commande de voter rapidement; lorsqu’ils le sont moins, la stabilité institutionnelle devient prioritaire. Les élections à date fixe, quant à elles, continuent d’exister comme principe structurant, tout en demeurant suffisamment flexibles pour s’adapter aux réalités politiques du moment.

Officiellement, personne n’a tort. Chacun agit dans le respect des règles et invoque des raisons valables. Officieusement, le calendrier électoral semble surtout refléter un consensus implicite : le meilleur moment pour consulter la population est celui où le résultat paraît le plus rassurant pour celui qui gouverne, ou le plus prometteur pour celui qui aspire à gouverner.