Le syndicat de la STM punit héroïquement ceux qu’il dessert

Les experts confirment : les Montréalais sont, techniquement, les patrons visés par la grève.

MONTRÉAL — Alors que la STM en est à sa troisième grève en six mois, les employés du transport en commun tiennent à préciser que leur action « n’est pas dirigée contre le public », bien que le public soit, selon toutes les définitions connues, à la fois l’employeur, le client et les dommages collatéraux.

« Nous faisons grève pour rendre le système plus équitable », a expliqué un représentant syndical, « en veillant à ce que personne ne puisse s’en servir. »

D’après un communiqué officiel, le syndicat souhaite “un rétablissement des rapports de force” et “une révision de la rémunération en lien avec la modernisation du réseau”. Des mots soigneusement choisis pour ne pas dire qu’ils veulent plus d’argent pour le même nombre d’arrêts sautés.

Des économistes décrivent la stratégie de la STM comme « une réinvention audacieuse du concept de levier », puisqu’elle vise à soumettre les contribuables en rendant leurs déplacements physiquement impossibles. « Traditionnellement, une grève affecte les profits de l’employeur », a expliqué un analyste. « Dans ce cas-ci, l’employeur, c’est littéralement toute personne possédant une carte Opus. »

Un agent de la STM s’assure que personne n’entre dans le réseau pendant que les employés revendiquent leur droit de ne pas y travailler.

L’effet domino est visible partout. Les commerces ouvrent en retard, les écoles comptent les absents comme s’il s’agissait d’une épidémie, et la Ville songe déjà à instaurer une “ligne de marche rapide” subventionnée pour relier les arrondissements les plus désespérés.

Les dirigeants syndicaux insistent de leur côté qu’ils se battent pour « la dignité et le respect », deux valeurs qui, selon plusieurs usagers, demeuraient déjà largement absentes du service normal. « J’aimerais juste que le chauffeur arrête de fermer la porte sur mon sac à dos », témoigne Amélie Jalbert, abonnée annuelle, « avant qu’on commence à parler de dignité collective. »

Dans les rues de Montréal, les citoyens ont réagi avec une admiration tranquille, soulignant la constance exemplaire de la STM. « Ils ont toujours su trouver de nouvelles façons de ne pas arriver à l’heure », a confié un usager rencontré à un arrêt désert. « Maintenant, ils ne se présentent plus du tout, et c’est subventionné. »

Certains experts en relations de travail saluent l’ingéniosité du mouvement. « C’est rare qu’un syndicat parvienne à démontrer son importance en arrêtant complètement de travailler », note la professeure Hélène Gariépy. « C’est un message fort : sans eux, Montréal ne bouge plus. Avec eux non plus, mais d’une manière plus syndicale. »

D’autres rappellent que le modèle d’affaires de la STM repose sur une logique circulaire : plus le service s’effondre, plus les subventions augmentent. « On appelle ça un cycle de rétroaction positive », explique Gariépy. « L’idée, c’est de prouver que tout coûte plus cher quand rien ne fonctionne. »

La Ville n’a pas encore confirmé quand le service reprendra, mais des sources internes indiquent que le dernier autobus encore fonctionnel serait stationné en grève contre l’idée même de se déplacer. Un porte-parole de la STM a tenu à rassurer la population : « Nous comprenons la frustration des usagers. C’est pourquoi nous travaillons d’arrache-pied à maintenir notre réputation de service essentiel dans la catégorie ‘symbolique’. »

Pendant ce temps, les piétons redécouvrent les joies du plein air, les taxis multiplient les tarifs par deux, et les vélos Bixi servent désormais à symboliser la liberté de mouvement… pour ceux qui ont réussi à en trouver un.

Dans un communiqué publié ce matin, la STM a rappelé que « le droit de grève fait partie intégrante de la démocratie » et que « le respect des travailleurs passe avant la mobilité des citoyens ». Une déclaration accueillie avec philosophie par les Montréalais, déjà occupés à calculer combien de temps il faut pour aller du Plateau au centre-ville à pied quand tous les trottoirs sont en travaux.

« C’est beau, la solidarité », soupire un travailleur bloqué sur Papineau. « On paie, on attend, et on soutient ceux qui font grève pour améliorer un service qui n’existe plus. C’est ce que j’appelle l’esprit de Montréal. »

Et peut-être est-ce ça, la véritable innovation : avoir transformé le transport collectif en expérience contemplative.

Note de la rédaction : l’entrevue prévue avec la direction de la STM a été reportée à une date indéterminée, le chauffeur n’étant jamais arrivé.